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Le Caire et ses zabbalines

Il y a plus d'un anpar Justine Grespan

Au Caire, il y a trois classes sociales : la classe supérieure, celle moyenne, et, pour finir, les riens du tout, c’est-à-dire les éboueurs, appelés aussi chiffoniers, les zabbalines. C’est Dieu qui les fait zabbaline, et c’est donc leur destin que de ramasser tous les jours les poubelles afin de les ramener dans leur quartier en banlieue. C’est là-bas qu’ils y recyclent tout. Récupérer les déchets est un travail dangereux, bien que des cours soient donnés afin d’enseigner des méthodes de ramassage plus saines.

 

En effet, une école de recyclage a été ouverte pour les jeunes afin de les moderniser un peu. Car un nouveau problème est arrivé il y a quelques années : la ville a passé des contrats avec des entreprises étrangères pour le ramassage des déchets. Cette décision a été prise car les autorités trouvaient le système des zabbalines dépassé, bien que personne ne soit venu le leur reprocher directement. Ainsi, ils ont préféré engager des entreprises venant d’Espagne et d’Italie, pour faire comme dans les pays développés.

 

De ce fait, les contrats passés stipulent que toutes les poubelles de la ville appartiennent à ces sociétés et les zabbalines se retrouvent dans une situation encore plus précaire qu’elle ne l’était auparavant. Le travail est encore plus difficile à trouver et tout le monde se bat.

 

Les autorités, en mettant en place ce nouveau système, ne reconnaissent pas les compétences des zabbalines qui essaient d’organiser une résistance comme ils peuvent. Car, malheureusement, ce travail est tout ce qu’ils savent faire et n’ont donc aucun espoir dans une reconversion. Pourtant, ils ont un argument de taille face à ces sociétés étrangères : le recyclage. En effet, les zabbalines recyclent 80% des déchets, tandis que ces entreprises n’en recyclent que 20%. Les déchets qu’ils recyclent sont ainsi transformés en matériaux bruts qui sont ensuite vendus en Egypte et à l’étranger : en Chine, en Belgique et en France. Tandis que les entreprises étrangères ont mis en place des sites d’enfouissement. Ils ne recyclent donc que peu et enterrent ce qui pourrait être une fortune pour les zabbalines.

 

Leur enlever le ramassage des ordures c’est donc leur ôter leur pain quotidien, mais surtout quelque chose à quoi ils sont expérimentés. Cela fait cent ans qu’ils sont au Caire et ils ont toujours travaillé à la cueillette et au recyclage des déchets. Ainsi, ils ont développé des techniques, bien qu’apparemment pas assez reconnues par les autorités.

Ils ont donc compris leur besoin de développer leur métier afin de prouver qu’ils peuvent s’adapter à la modernité. C’est pourquoi ils ont créé une école de recyclage où les enfants apprennent à diriger une entreprise. Grâce à ces techniques enseignées, c’est aussi une nouvelle manière de penser qui aident les enfants à ne pas se sentir aussi impuissants que leurs parents.

 

Un organisme européen a d’ailleurs financé quelques élèves de cette école à effectuer un voyage en pays de Galles pour y étudier les dernières méthodes de recyclage. Les zabbalines, en revenant de leur voyage, ont tenté de sensibiliser les citadins en leur proposant un tri à la source, comme dans le pays aglosaxon. Ainsi, les zabbalines montrent leur force : ils se soucient du recyclage, contrairement aux sociétés étrangères qui ont pourtant le monopole du ramassage de poubelles. D’autant plus que lorsque les éboueurs viennent récupérer les sacs poubelles triés par les citadins, ils ne se gênent pas de tout mélanger sous leurs yeux. Les zabbalines ont donc toujours un espoir d’être préférés par les citadins.

 

Malheureusement, cela ne semble pas suffir. Les sociétés ont beaucoup d’argent, et leurs employés ont du prestige, contrairement aux zabbalines qui sont parfois insultés par les passants. C’est pourquoi certains chiffoniers préfèrent finalement s’aligner avec les sociétés étrangères et se font embaucher par elles.

 

La situation des zabbalines ne s’améliore donc pas. Pourtant, avec la prise de conscience mondiale quant au besoin de recycler les déchets, le Caire devrait ouvrir les yeux sur la réelle valeur que représentent les zabbalines qui ont toute une expérience de vie dans ce domaine, et qui, pourtant, voient leurs rêves s’effondrer à mesure que leurs revenus baissent. L’avenir est donc encore bien trop sombre pour eux.

 

 

 

 

Source : Iskander Mai, « Les chiffonniers du Caire Â», Etats-Unis, 2009, 53mn

 

 

 

 

 

 

 

 

Horizon-durable – Justine Grespan