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a:1:{s:2:"fr";s:44:"L’histoire particulière de Senhor Joaquim";}

Il y a plus d'un anpar Justine Grespan

« Tout d’abord, il faut que m’écoutes. Tu dois me suivre pas à pas. Où que j’aille, tu dois aller aussi. Â» Voilà ce qu’entend un nouvel arrivant qui vient d’être accepter dans la ferme. Les consignes données par Senhor Joaquim sont claires et l’enfant acquiesce. Ce vieux monsieur a deux passions dans la vie : les enfants et les chevaux. C’est ainsi qu’il combine les deux, en accueillant un certain nombre de ces jeunes garçons qui sont récupérés de la rue pour être emmenés à lui. Que ces enfants soient amenés par les aides sociales ou par le prêtre qui vient faire la messe tous les dimanches, la règle est qu’il ne doit pas y avoir un trop grand nombre d’enfants car Senhor Joaquim tient à s’en occuper personnellement. La place est donc limitée, surtout que ce fermier n’est plus tout jeune et une telle activité lui demande beaucoup d’énergie.

 

Cependant, il considère chaque enfant comme faisant partie de sa famille. Et lorsqu’il dit que son rêve est que sa ferme soit remplie d’enfants, sa femme semble d’accord puisqu’elle renchérit en répondant que sinon, rien que les deux, ils se trouveraient moches à force de se regarder dans le blanc des yeux.

 

Au Brésil, monter à cheval est le domaine des hommes. Les enfants aiment donc essayer de paraître virils lorsqu’ils s’y essaient. D’ailleurs, dès leur arrivée, un cheval leur est tout de suite confié pour qu’ils s’y attachent. D’après Senhor Joaquim, grâce à cette relation qui lie ensuite l’enfant à l’animal, l’enfant est plus facile à éduquer.

 

À la ferme, la journée commence à l’aurore et le programme est très organisé. Tout le monde met la main à la pâte et comme le chef de famille au Brésil est très respecté, aucun jeune n’ose lui tenir tête. Les enfants doivent traire les vaches deux fois par jour. Il y a du personnel pour s’occuper de la ferme mais les garçons venus des favelas sont chargés de les aider. Pendant ce temps, Senhor Joaquim fait le tour de sa propriété, comme tous les matins. Lui a aussi a grandi dans une ferme et a commencé à travailler très tôt. Il a acquis sa ferme pour ensuite faire fortune dans le commerce de bovins. Ensuite, il n’a cessé d’acheter des terres et possède maintenant 3500 hectares. Il a une des plus grandes exploitations de la région. Maintenant, il base sa fortune sur la production laitière : avec ses mille bovins, il livre chaque jour quatre mille litres de lait.

 

En ce qui concerne les tâches domestiques, la répartition reste traditionnelle puisque ce sont les femmes qui s’y attellent. Les jeunes filles qui cuisinent ne sont pas issues des favelas mais sont les enfants des employés de la ferme. La raison qui explique que ce ne sont que des garçons qui sont amenés à la ferme pour être sortis des favelas est la suivante : les filles ne finissent pas à la rue car bien souvent elles trouvent un emploi en tant que domestique. Ce sont donc essentiellement des garçons qui sont trouvés errant dans la rue et qui sont ainsi reccueillis dans la ferme.

 

À la ferme, les enfants suivent aussi des cours dans une école située sur le terrain même de la ferme. C’est un professeur qui vient à la ferme pour enseigner aux garçons tout comme aux filles. Ils sont tous dans une classe unique où quatre niveaux d’études sont mélangés. C’est le professeur qui se débrouille en les divisant et en donnant à chaque groupe une activité selon leur niveau.

Pendant leur temps libre, les garçons sortent leur cheval. Ils s’entraînent ardûment pour le gala qui se déroule plusieurs fois par an. C’est leur moment de fierté où ils peuvent montrer ce qu’ils ont appris et aussi prouver que grâce à Senhor Joaquim, leur avenir est moins sombre. D’ailleurs celui-ci dit leur apprendre la vraie vie. Ainsi, une fois accueillis dans la ferme, les garçons ne veulent plus retourner dans les rues où ils jouaient les gros durs, sorte de révolte contre leur misère quotidienne.

D’autant plus lorsqu’on apprend que les favelas ne sont pas une réalité que dans les grandes villes, mais aussi bien présentes dans les plus petites villes. En effet, le nombre des habitants de ces zones de pauvreté ne fait qu’augmenter. Car les paysans migrent en ville pour y trouver un travail, mais la réalité y est plus cruelle et la majorité tombe dans le cercle vicieux de la paupérisation, indigence et violence.

 

Du coup, les enfants aident leurs parents à essayer de survivre tant bien que mal et ne vont pas à l’école. Avec le président Lula au pouvoir qui avait promis de s’occuper de toute cette pauvreté, les habitants des favelas avaient encore un espoir. Mais c’était sans compter la dette et les exigences du FMI qui empêchent la mise en place d’infrastructures. L’avenir de la jeunesse qui n’a pas la chance d’être recueillie par Senhor Joaquim est donc bien sombre encore puisque le pays manque d’écoles et de formations.

 

Quant aux ancienx protégés de Joaquim, ils sont pour la plupart dans de belles professions. Et tous se sont installés non loin de la ferme. Espérons que les enfants de Senhor Joaquim auront la volonté de continuer ce que leur père a commencé.

 

 

 

 
Source : d’après un reportage de 360°-GÉO,Von Schwind Christine, « les petits cavaliers de Joaquim Â», Allemagne, France, 2004, 42mn

 

 

 

 

 

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