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Il y a plus d'un anpar Justine Grespan

Avec la crise économique et alimentaire de 2008, la priorité de toujours plus de pays est devenue la sécurité alimentaire. Ainsi, ceux qui manquent de terres arables en louent ou achètent à d’autres pays. Se pose alors la question de l’apparition d’une nouvelle sorte de domination, car ce sont évidemment les pays pauvres qui louent leurs terres à des pays riches sans pour autant que les productions qui y sont faites ne leur amènent du profit.

En effet, avec la hausse des matières premières agricoles en 2008, c’est une ruée vers la terre à laquelle on peut assister. La différence du nombre d’hectares loués avant et après cette année charnière est édifiante : 4 millions d’hectares ont été marchandés entre 1998 et 2008, tandis que rien qu’en 2009, c’en est 45 millions qui ont fait l’objet d’une transaction. Mais le problème ici est surtout le risque de perte de souveraineté alimentaire des pays vendeurs. Car en autorisant d’autres états à venir faire usage de leurs terres, les pays acquéreurs y déploient une production qui ne servira pas localement. Or, pour des pays en développement, les productions locales ont une certaine importance puisque c’est la base de leur développement même. Certains experts évoquent alors déjà le concept de colonisation  par les terres arables.

 

Factuellement, c’est le Japon qui est aujourd’hui le premier acquéreur mondial avec plus de douze millions d’hectares de terres exploitées à l’étranger. Il est suivi par la Chine qui tente de nourrir ses 22% de population mondiale en exploitant d’autres terres que les 10% de surfaces agricoles cultivables qu’elle possède en son territoire même. Ensuite viennent la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite, l’Inde les Emirats Arabes Unis, l’Egypte et d’autres encore.

 

Après que ces pays se soient mis à acquérir des terres arables étrangères, ce sont des investisseurs privés qui s’y sont mêlé en achetant aussi, mais pour des raisons purement spéculatives. En cause, leur conviction que le prix du mètre carré de terre cultivable continuerait à augmenter.

 

Tous ces échanges auraient pu être plus positifs que négatifs pour les pays vendeurs si il y avait un respect du droit des utilisateurs des terres convoitées. Ils auraient ainsi pu bénéficier d’un transfert de technologie et de création d’emplois. Mais malheureusement, dans de nombreux pays, les agriculteurs ne détiennent aucun titre de propriété des terres et ne peuvent ainsi défendre leurs intérêts en justice s’ils se font expulser de leurs terres au profit d’investisseurs étrangers. Ce n’est donc que rarement que ces échanges de terres voient un apport positif pour les deux pays qui font affaire. Ce système de marchandage a donc pour conséquence une relation dissymétrique entre les différents pays qui entrent sur le marché.

 

Cette pression foncière est donc un enjeu de pouvoir exercé sur des régions telles que l’Afrique subsaharienne, notamment  au Cameroun, en Ethiopie, au Ghana, à Madagascar, en Asie, Amérique latine, mais aussi en Europe de l’Est, comme l’Ukraine. Il faudrait alors peut-être songer à mettre en place des règles internationales pour mieux partager les bénéfices de ce marché. Les autorités françaises et les organismes de développement ont d’ailleurs fait une série de propositions où l’achat des terres est notamment lié au partage des bénéfices et au respect de l’environnement.

 

 

 

 

Horizon-durable - Justine Grespan



Sources :

 

TALLES Olivier, Les achats de terres cultivables s'accélèrent dans le monde, www.la-croix.com, mis à jour le 10 mars 2010

 

DUBESSET-CHATELAIN Laure, La grande razzia sur les terres agricoles, GEO Magazine, n°391, septembre 2011

 

SOUBROUILLARD Régis, La guerre des terres arables aura-t-elle lieu ?, Marianne, 17 novembre 2010