Horizon-Durable.ch

Facebook Twitter 

Ravitaillement dans les poubelles

Il y a plus d'un anpar Justine Grespan

Par des règles d'hygiène et des dates de péremption exagérées, de nombreuses quantités de nourriture sont jetées par les grands distributeurs. Certains ont décidé de se rebeller contre cette culture du gaspillage en allant fouiller dans les poubelles. Ce qui est frappant ici est que ces personnes ont les moyens de subvenir à leurs besoins en payant. Cette manière de se ravitailler n'est donc pas un moyen de survie, mais un moyen de protester contre les abus de cette manière de gérer les stocks d'alimentation des magasins.



















Markus Christen, responsable de la dernière enquête sur la composition des ordures, est surpris par la qualité de la marchandise jetée. Pourtant, lorsqu'on sait qu'il suffit d'une rupture dans la chaîne du froid au cours du transport de la marchandise pour détruire de grandes quantités de nourriture, la surprise est moins grande. En effet, les règles d'hygiène ordonnent d'éliminer ces denrées alimentaires même si elles pouvaient être encore consommables. L'aberration saute encore plus aux yeux lorsqu'on apprend que certains produits alimentaires sont jetés à cause de leur aspect extérieur.


La date de péremption est donc devenu un indicateur des plus importants dans ce système de consommation. Les individus préfèrent aujourd'hui se fier à une date imprimée sur les produits achetés plutôt qu'à leurs propres cinq sens. Notre attitude envers la nourriture n'est plus la même depuis que cette date de péremption a été réglementée en 1967. En effet, la loi fait la distinction entre deux types de déclaration : la « date de durée de conservation minimale » et la « date limite de consommation ». Ainsi, les denrées rapidement périssables devant être conservées au réfrigérateur doivent porter la mention « à consommer jusqu'au... », et ne peuvent être vendues ou distribuées à des institutions sociales après cette date-ci. Les produits alimentaires conservables doivent, quant à eux, être gardés et peuvent être vendus à prix réduit après la date de conervation minimale. Mais alors, le fabricant n'est plus sous l'obligation de garantie. Quant à la Société suisse de nutrition, elle admet que pour la plupart de ces produits conservables, la date de conservation minimale peut facilement être dépassée sans pour autant que les produits soient mauvais.


Le fait de jeter tout de suite les produits dits périmés par les grandes chaînes de magasins est donc plus un problème de bénéfice qu'un souci pour la santé de la population consommatrice. D'autant plus lorsqu'on voit la chaîne Jumbo aux Pays-Bas où les individus peuvent emporter gratuitement les produits qui ont moins de deux jours de durée avant la date de conservation.

En Suisse, le phénomène de glanage, c'est-à-dire se servir dans les poubelles, est plus présent que ce que l'on peut penser. Certains disent que cette surproduction est due aux clients qui en demandent toujours plus. Lorsqu'il va faire ses courses, l'individu n'achète pas ce dont il a besoin pour le moment présent, mais ce qu'il pense qu'il va utiliser un jour. Acheter donc beaucoup pour être sûr de ne manquer de rien face à toutes les situations possibles, et finalement, en avoir trop. Du coup, les magasins doivent suivre cette tendance en surproduisant pour pouvoir avoir toujours tous leurs étalages remplis de nourriture et répondre à la demande. Mais cela n'implique pas l'obligation de jeter tout ce qui est « prérimé » à la fermeture. Après interrogation de Greenpeace aux grandes chaînes de distribution, nous pouvons citer l'exemple de Coop où le règlement pour la marchandise invendue est le suivant : prix réduits pour les clients et les collaborateurs, et distribution à des institutions sociales comme « Table couvre-toi » ou « Table Suisse ». Quant à Migros, elle aussi fait des prix réduits sur les les produits dont la date de péremption est proche, sans pour autant oublier les réseaux sociaux qui redistribuent la nourriture aux nécessiteux. Il est aussi intéressant de voir que ces deux grands distributeurs utilisent le recyclage de tonnes de nourriture en les transformant en biogaz.


Pourtant, à eux seuls, ils produisent 30'000 tonnes de déchets organiques. Et encore, là dedans ne sont pas comptés les denrées alimentaires qui ne satisfont pas les normes esthétiques imposées et qui donc n'arrivent même pas jusqu'aux rayonnages des magasins. Pour exemple, une tomate charnue doit avoir un diamètre entre 67 et 102 mm. Et il existe aussi une table de couleurs pour les degrés de maturité. Des critères qui paraissent donc plutôt absurdes et difficilement respectables, tout comme ceux des dates de péremption.





 

Source : LAAS, Inga, « Des poubelles qui recèlent des trésors », Greenpeace, 2011, n°4










Horizon-durable - Justine Grespan