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Coupe du monde 2014, JO 2016 et Raoni.

Il y a plus d'un anpar Horizon-Durable

Le 1er juin dernier, l’Institut brésilien de l’environnement, l’Ibama, a finalement donné le feu vert pour que les entreprises de Norte Energia lancent les travaux du barrage hydroélectrique de Belo Monte dans l’Etat du Para, situé dans le nord du Brésil. Objet d’un débat passionné, ce projet est en discussion depuis les années 1970 et ne manque pas de mettre en valeur une contradiction qui, apparemment, semble inéluctable : modernisation versus  Ã©cologisme et traditions. Vraiment ?




Dans le contexte d’une volonté de promouvoir la croissance économique du pays, le gouvernement brésilien mise sur la capacité, au travers de la construction de ce barrage, de produire le 10% de l’énergie électrique totale du pays, et de créer 18'000 emplois directs et 23'000 emplois indirects. Les détracteurs du projet, quant à eux, s’opposent aux dommages écologiques qu’un tel complexe produirait ; inondations de certaines parties de la forêt amazonienne, assèchement de tronçons de la rivière Xingu et arrivée massive de travailleurs pour la réalisation du barrage, une population qu’il faudra accommoder sur des terres restées jusque-là exemptes de tout aménagement humain majeur. En parallèle, ce sont les dommages sociaux et culturels que les opposants dénoncent, puisque les communautés qui vivent dans les zones de construction et dans les alentours risquent de payer le prix fort de la modernisation ; déplacement forcé, privation de l’accès à certaines ressources naturelles, développement économique local qui va très probablement entraîner une pression sur la terre et donc sa déforestation, poussant toujours un peu plus loin ces populations… Les autorités brésiliennes se défendent : la réalisation et la future gestion du barrage hydroélectrique ont été pensées de manière à engendrer un minimum de dégâts environnementaux et sociaux pour les communautés, lesquelles, soit dit en passant, seront dédommagées par les compagnies d’exploitation de Norte Energia grâce au versement de quelques 800 millions de dollars. Aussi, le déplacement des individus et le développement économique permis par le projet sont sensés, selon le président d’Ibama Robert Messias, permettre aux locaux de profiter d’infrastructures sanitaires, scolaires et étatiques en général et d’avoir ainsi accès à des conditions de vie supérieures. Supérieures par rapport à quelle échelle de valeur ?  Car les communautés locales ne sont pas intéressées ni par une « amélioration Â» de leurs conditions de vie ni par l’argent qu’on leur propose en guise de compensation…




La décision de construction est « enfin Â» tombée le 1er juin dernier, et il semble que l’échéance de la Coupe du Monde de foot de 2014 et les JO de 2016, deux événements qui se tiendront au Brésil, ait accéléré les procédures de validation du projet. Mais rien n’est donné, puisque le 7 juin, soit une semaine plus tard, le parquet de l’Etat du Para a présenté un recours en justice pour stopper la réalisation du barrage de Belo Monte. Hors du cadre proprement politique et grâce aux réseaux sociaux en ligne, un certain nombre d’acteurs issus de la communauté scientifique et non-scientifique – le réalisateur de Terminator James Cameroun, le journaliste Nicolas Hublot, l’acteur Vincent Cassel, entre autres - se sont aussi mobilisés contre le projet en signant la pétition mise en circulation sur Internet par Raoni, le chef des Indiens Kayapos du Brésil, une pétition qui a déjà récolté quelques 50'000 signatures (http://raoni.fr/signature-petition-1.php). Aucun espoir ? Il y a 22 ans, Raoni avait fait pression sur le gouvernement de son pays au point de suspendre la construction du barrage de Karakao grâce à sa sollicitation internationale à laquelle le chanteur Sting, notamment, avait répondu. Modernisation versus tradition donc? Il semble que Raoni ait compris comment allier ce qui est présenté comme une contradiction ;  les  outils que produit la première pour servir les causes de la seconde.




Horizon-durable - Marion Wessner