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Gaz de schiste: une richesse coûteuse

Il y a plus d'un anpar Horizon-Durable

Ce gaz provient d'une roche sédimentaire appelée « schiste Â» – du grec, coupé, fendu – de nature lamelleuse ou feuilletée, et se distingue justement des autres gaz par le fait qu'il ne se trouve pas sous forme compacte ou discrète, concentré dans des poches souterraines, mais sous forme disséminée.


Gasland 2010 - Josh Fox
C'est pourquoi son extraction demande beaucoup d'énergie et place ce gaz dans la catégorie des ressources non-conventionnelles, soulignant par-là le coût important lié à son accès et à son extraction. Mais de quel coût parlons-nous?

Jusque-là en France, seulement trois prospections de gaz de schiste avait été rendue publiques, mais depuis un peu plus d'un mois, un journal français (Mediapart) a révélé l'existence d'un permis de recherche près de Foix, dans le sud du pays, permis en vigueur depuis 2006 et qui vient d'être prolongé - en douce - jusqu'en 2014 par les autorités françaises. Les débats que soulèvent ces forages d'exploration ne portent pas tant sur le coût économique que pourrait engendrer l'extraction du gaz, mais plutôt sur le coût écologique. Portant le doux nom de « fracturation hydraulique Â», cette nouvelle technique américaine utilisée pour extirper la vapeur des entrailles des schistes inquiète certains; après un forage de deux à trois kilomètres dans le sol sont injectés dans les roches des milliers de litres d'eau et de sable auxquels sont ajoutés des substances chimiques. La très forte pression fracture les roches et libère le gaz, lequel est ensuite conduit dans des puits. Si au cours de l'opération venaient à se créer des fissures, le gaz et les adjuvants chimiques pourraient contaminer le sol, et plus particulièrement les nappes phréatiques.

José Bovet et d'autres politiciens dénoncent cette pratique ainsi que la manière dont celle-ci a été mise en place, c'est-à-dire, sans la participation de la population. Bien que la ministre de l'environnement Nathalie Kosciusko-Morizet ait demandé aux industriels en charge du forage de trouver d'autres moyens d'extraire le gaz que par la fracturation hydraulique, cela ne rassure pas cette frange de la population qui demande tout simplement l'annulation des permis.

Interrogé sur la polémique que soulèvent les écolos, le PDG de Total Christophe Margerie a, quant à lui, exprimé son agacement face à des gens qui « parlent de sujets qu'ils ne connaissent pas Â» et de « choses qui n'existent pas Â»; « s'il faut demander l'autorisation pour avoir le droit un jour de demander l'autorisation de demander l'autorisation, on va commencer à tomber dans la paperasserie inutile Â», a-t-il ajouté.

En Suisse, l'entreprise texane Schuepbach Energy, la première a avoir exploré le sous-sol français, a déjà obtenu une concession dans le canton de Fribourg, et une demande pour le canton de Vaud est actuellement examinée. Dans toute la Suisse Romande, d'ailleurs, plusieurs industries – la veveysanne Petrosvibri, la zurichoise SEAG, l'américaine ECORP avec qui cette dernière s'est associée, ou encore l'anglaise Celtique Energy – sont intéressées par le sol romand, et certaines ont déjà obtenu un permis de forage pour exploration. Si la recherche dit se concentrer sur des gaz conventionnels, des mesures pour trouver du gaz de schiste ne sont pas absentes.

Evidemment les bénéfices existent bel et bien; création d'emploi, d'investissements, de recettes fiscales, ainsi que le privilège d'une certaine sécurité en matière d'approvisionnement énergétique. Le marché est juteux; certains prédisent que le gaz de schiste pourrait, d'ici à 2020, représenter le 50% de la production nord-américaine de gaz naturel. Cependant, en contrepartie, les risques sont tout aussi réels; à la fin de l'année passée, un moratoire sur la méthode par fracturation hydraulique a été promulgué dans l'Etat de New York après que certains habitants constatent que de l'eau jaune – qui s'est révélée, par la suite, inflammable – sortait de leur robinet et que leurs animaux de compagnie perdaient leurs poils... cherchez l'erreur. Car les conséquences écologiques négatives ne concernent pas seulement l'écosystème et le risque de contamination par les substances chimiques des nappes phréatiques, mais portent aussi sur les litres d'eau nécessaires et les gaz à effet de serre libérés lors de l'opération de fracturation hydraulique.

L'exemple français est plutôt réjouissant; l'alarmement des plus écolos aura porté ses fruits puisque le gouvernement français a décidé d'organiser des comités d'investigation avant d'aller plus loin dans l'exploration. Cependant il faut être vigilant car, comme le souligne José Bovet, la préoccupation se situe au niveau de la transparence – la communication publique des activités liées à ce secteur – et de l'indépendance des comités de recherche scientifique – quels intérêts défendent les membres de ces comités? Pour aller dans ce sens, il faut que non seulement des représentants du gouvernement et de l'industrie composent ces groupes d'investigation, mais que soient également invités à participer des membres de la société civile et des scientifiques indépendants de l'industrie gazière.

Note au PDG de Total: la paperasse qui sert une meilleure représentativité des multiples intérêts de la société n'est pas inutile.


Horizon-Durable.ch - Marion Wessner