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Faut-il craquer pour l’auto électrique ?

Il y a plus d'un anpar Horizon-Durable

La Suisse possède un parc automobile trop polluant, selon une étude publiée mardi. La voiture électrique est-elle la solution miracle? Tour de la question.


En matière de véhicules polluants, la Suisse est pointée du doigt. Selon un classement publié mardi par l’Association transport et environnement (ATE), la Suisse figure en effet en queue de peloton, en compagnie des pays baltes. Les voitures neuves vendues en Suisse émettent trop de gaz à effet de serre en comparaison avec d’autres pays européens. Pour ceux qui ont une âme écolo, la voiture électrique semble une alternative attractive. Elle permet de réduire considérablement le taux de CO2: jusqu’à –86% d’ici à 2050! Elle ne fait pas de bruit. Elle améliore substantiellement la qualité globale de l’air dans les zones urbaines à forte densité de trafic. La technologie des moteurs et des transmissions est au point. Elle possède une accélération remarquable et récupère de l’énergie lors des descentes et des freinages. Mais elle a aussi des défauts. Et le plus important est son coût très élevé, du fait de la rareté des composants des batteries.


A moins d’habiter sur la planète Mars, il est impossible d’ignorer le tapage médiatique fait autour de la voiture électrique. Dotée, selon la plupart des constructeurs, de qualités qui en font le véhicule incontournable de demain, elle pointe son capot dans tous les catalogues, truste les plus beaux stands des salons et entre chez vous via la presse écrite, la radio, la télé, Internet et la pub.


Mais, au-delà du phénomène marketing, quelle est la vraie valeur de la voiture électrique? Est-elle faite pour vous? Peut-elle remplacer votre voiture actuelle? Vous offrir les mêmes prestations? Pour se décider en toute connaissance de cause, voici les cinq questions à se poser avant de casser sa tirelire ou d’aller voir son banquier.


Une voiture électrique peut-elle remplacer une auto «normale»?
On peut répondre par l’affirmative pour tout ce qui est déplacement en ville, ou pour les courses. Par contre, en l’état actuel des choses, il faut y renoncer sitôt qu’il s’agit d’envisager des distances supérieures à 70 km. D’abord, parce que leur autonomie réelle est bien plus faible que promis! Alors que les constructeurs nous annoncent 100 à 150 km avec une charge de batterie, tous les tests que nous avons effectués prouvent que, en conditions d’utilisation «normale» il faut diviser ce chiffre… par deux! Ensuite, parce qu’il est illusoire de vouloir emprunter l’autoroute: à plus de 110 km/h, l’autonomie chute encore plus vite!

Combien ça coûte?
Suivant le type, le modèle et le degré de finition le prix varie énormément en ce qui concerne les autos actuelles. Mais une «bonne petite voiture» offrant cinq places et pouvant servir à tout se trouve à partir de 20 000 francs environ. Une voiture électrique est-elle concurrentielle? Définitivement pas! La moins chère des voitures électrique actuellement disponible, la Renault Twingo Elektra, modifiée par Kamoo, coûte 39 980 francs! Et tous les modèles dits «de grande série» qui seront proposés par Citroën, Mitsubishi, Nissan ou Peugeot coûteront plus de 45 000 francs!


Refaire le plein, facile?
Pour une voiture conventionnelle, c’est l’enfance de l’art: on s’arrête à la pompe et on refait le plein en moins de dix minutes. Peut-on imaginer la même chose pour une voiture électrique? C’est tout à fait possible si l’on prend le principe, développé notamment par Renault, de «stations d’échange de batteries». Vous placez votre véhicule au-dessus d’une fosse où un robot, par en dessous, enlève le bloc batterie vide et le remplace par un plein. Temps de l’opération: environ cinq minutes. Le problème, c’est qu’un tel système n’existe pas encore. A l’heure actuelle, soit vous branchez votre voiture, chez vous, sur une prise 220V et il faut une nuit pour recharger. Soit vous disposez d’une prise 380V et l’opération prend, en moyenne, une demi-heure pour arriver à une recharge de 80%. En Suisse, il n’existe pour l’heure que 669 endroits pour le faire, répartis de façon très inégale sur le territoire.



Faudra-t-il de nouvelles centrales nucléaires pour alimenter ces autos?

A en croire les spécialistes, le problème ne résidera pas dans la quantité d’électricité à disposition. La raison en est simple: les prévisions les plus optimistes tablent sur un nombre de véhicules électriques ne représentant que 4% du parc total d’ici à 2020. Soit une augmentation de la demande de moins de 5%. Le vrai problème réside dans le réseau de distribution. Pour faire face à des pics de demande – dans le cas de stations de recharges installées dans des grandes surfaces par exemple – il faudra adapter tout le réseau en amont pour éviter de faire «sauter les plombs»…


Le prix des autos électriques va-t-il baisser?
Sans aucun doute. Mais il faudra se montrer patients… On a vu que les premières voitures électriques de «grande série» ne seront pas moins chères que les véhicules artisanaux. D’abord, parce que le processus de fabrication, tout neuf, n’est pas encore optimisé. Ensuite, et surtout, parce que le prix des batteries actuelles représente encore 50% du prix global de l’auto. La faute au lithium, rare et très cher, et à d’autres composants. Il faudra donc attendre pour voir développées de nouvelles batteries qui, non seulement seront moins coûteuses mais, également, garantiront une plus grande autonomie......


Source: le matin.ch - Philippe Clément