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Le charbon s’en va, mais le gaz n’est pas là: la Chine grelotte

Il y a 6 moispar Horizon-durable.ch

Baoding (Chine) (AFP) – Dehors, le thermomètre affiche -3. Dedans, un groupe de villageoises, parka sur le dos, joue au mah-jong autour d’un petit radiateur à gaz qui marche épisodiquement. L’hiver est rude cette année dans le nord de la Chine, où les autorités ont imposé la fin du charbon, mais sans s’assurer que le gaz pourrait prendre la relève.

 

« Bien sûr qu’on regrette le charbon! », s’exclame Mme Qin, qui a réuni des voisines pour se tenir un peu plus chaud dans son épicerie du village de Niezhuang, à 150 km au sud de Pékin.

 

Le gaz, « c’est complètement aléatoire, un coup on en a, un coup on n’en a plus du tout. Et alors c’est glacial », dénonce la commerçante, alors que le charbon, combustible traditionnel des campagnes chinoises, est interdit de vente depuis l’été dans ce secteur de la province du Hebei.

 

Motif: le gouvernement chinois a pris des mesures drastiques pour lutter contre la pollution et tenter de ramener un peu de ciel bleu au dessus de la capitale.

 

Dans le village, les poêles à charbon « ont tous été détruits », témoigne la commerçante. Certains gisent démantibulés dans les arrière-cours, « alors que le charbon permettait de se tenir chaud et d’économiser des sous », regrette-t-elle.

 

A la place, un surprenant entrelacs d’étroits tuyaux jaunes serpente le long des murs des maisons, enjambe les ruelles et oscille au vent, avec un écriteau: « Conduites de gaz, faites attention ».

 

Cette installation baroque est entrée en service courant novembre. Le gaz y passe quand il veut et la facture est salée pour des villageois encore très loin du niveau de vie des citadins: au moins 5.000 yuans (640 euros) pour une famille pour passer l’hiver, alors qu’avec le charbon 2.000 yuans suffisaient, selon Mme Qin. Sans compter la nouvelle chaudière à gaz — subventionnée — qu’il a fallu acheter.

 

Niezhuang dépend de la municipalité de Baoding, l’un des 18 districts du Hebei désignés « zéro charbon », avec interdiction d’en brûler depuis octobre. Le ministère de l’Environnement a imposé à 28 villes autour de Pékin de rudes objectifs antipollution, dont le passage d’au moins 3 millions de foyers au gaz ou au chauffage électrique.

 

La transition s’avère brutale: dans certains villages au nord de Baoding, des foyers sont privés de charbon sans être reliés au gaz, selon le magazine Caixin.

 

« Les autorités avaient huit mois pour anticiper. Mais il y a eu un manque patent de planification », confirme à l’AFP Huang Wei, de l’association écologiste Greenpeace. « On a vu un appel d’offres pour des conduites gazières en octobre! ».

 

L’environnement devient une question de carrière politique: « Les évaluations de cadres locaux sont désormais étroitement liées aux performances anti-pollution », d’où cette précipitation, abonde Zhou Xizhou, analyste du cabinet IHS Market.

 

A Baoding, cité industrielle parmi les plus polluées du pays, M. Wang occupe une cour alimentée en gaz depuis l’an dernier et ne regrette nullement le charbon: « C’était incroyablement sale et polluant », se souvient-il, admirant un ciel inhabituellement bleu.

 

Mais le pic soudain de la demande de gaz avive les tensions sur l’offre: le 28 novembre, le Hebei avertissait que jusqu’à 20% de ses besoins en gaz n’étaient pas satisfaits et rationnait drastiquement la distribution.

Dans le quartier de M. Wang, des complexes résidentiels ainsi que l’hôpital affilié à l’Université du Hebei se sont retrouvés quasiment sans chauffage.

L’hôpital de 3.000 patients ne recevait plus qu’environ 13% du volume de gaz nécessaire pour fonctionner, selon l’établissement.

 

Même situation à l’Université, dont les dortoirs se sont transformés deux semaines durant en « glacière », selon une étudiante.

 

Dans le même temps, en banlieue de Baoding, des écoles se sont retrouvées sans alternative au charbon. Malgré un froid mordant, les enseignants ont préféré faire classe en plein air pour échapper à des bâtiments plus frigorifiques encore, selon la presse.

 

Devant l’émoi suscité, le ministère de l’Environnement a fait volte-face début décembre, réautorisant le charbon dans les zones non équipées de chauffage alternatif. La situation est désormais normalisée à l’hôpital comme à l’université.

 

Mais ce répit s’avère précaire: la saturation des terminaux chinois depuis le début de l’hiver entrave l’importation de gaz « et les capacités de stockage sont extrêmement limitées, compliquant la gestion des pics de demande », explique à l’AFP l’analyste Zhou.

 

De quoi alimenter la flambée des cours: triplée par rapport au charbon, la facture de gaz devient « intenable », s’insurge M. Sun, cultivateur à Zhuozhou (Hebei).

 

© AFP

Source: goodplanet.info

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