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A Kaboul, une étape protégée sur la route des oiseaux migrateurs

Il y a 3 moispar Horizon-durable.ch

Un observateur d’oiseaux avance en barque dans les marais de Kol-e-Hashamat, le 29 mai 2017 près de Kaboul, en Afghanistan
© AFP SHAH MARAI

Kaboul (AFP) 

 

 Une des rares zones humides d’Afghanistan, ancienne chasse royale aux portes de Kaboul sur la route des oiseaux migrateurs, vient d’être classée, avec pour but de protéger des centaines d’espèces et ménager les réserves d’eau de la capitale.

 

Par-delà le massif de l’Hindou Kouch, les marais de Kol-e-Hashmat Khan constituent une indispensable étape pour les milliers de cigognes, aigrettes, pélicans et flamands qui remontent vers le nord, sur le long trajet aride qui les mène au printemps du sud de l’Inde vers le Caucase et la Sibérie.

Mais après 40 ans de conflits et de négligence, cet espace est menacé par l’urbanisation, l’irrigation, les détritus et le réchauffement climatique qui, peu à peu, entament le niveau des eaux et rognent leur étendue.

 

Ces 97 hectares seront désormais protégés, a annoncé le gouvernement afghan le 11 juin, quelques jours après la Journée mondiale de l’ONU pour l’Environnement.

« Il y a probablement plus de 300 ou 400 espèces qui passent par ici, on ne sait pas exactement, entre les migrateurs et les oiseaux +touristes+, ceux qui y séjournent brièvement parce qu’ils trouvent à manger », estime Andrew Scanlon, directeur du Programme de l’Onu pour l’environnement (PNUE) en Afghanistan.

 

Jumelles en mains, il joue les guetteurs au sommet d’une tour qui domine les roseaux. Au lever du jour, le marais s’anime, bruisse et caquète. C’est l’heure du repas. Au loin, la silhouette de Bala Hissar, la forteresse qui a longtemps défendu Kaboul, érigée au sud-est de la ville. Les habitations de terre puis de briques, ont poussé au fil des guerres, des déplacements de population et de l’afflux de réfugiés.

« Dès 1918, la famille royale s’est intéressée à cet endroit et dans les années 60, le roi Zaher Shah y a fait venir des experts. Mais ensuite, il est resté pratiquement abandonné jusqu’en 2005 », reprend M. Scanlon.

 

Avec l’invasion de l’Armée rouge en 1979 et la succession de conflits, dont la guerre civile qui a suivi le départ des Soviétiques au début des années 90, les hommes avaient trop de peine à survivre pour se préoccuper de l’environnement.

 

« Les gens sont arrivés ici, où ils ont trouvé à la fois de l’eau et la sécurité, » poursuit le représentant du PNUE. « Après 2001 (et la fin du régime taliban, NDLR), la zone est apparue particulièrement attrayante pour les réfugiés de retour du Pakistan ou d’Iran. »

Simultanément, le prix des terrains à Kaboul s’est envolé. Ceux qui en occupaient se sont bien gardés de les libérer.

 

« C’est la tragédie des biens communs », résume-t-il, en référence à une théorie selon laquelle les individus ont tendance à utiliser une ressource collective à outrance dans leur intérêt personnel plutôt qu’en fonction du bien commun. « Chacun en prend un peu pour survivre. Mais mis bout à bout, c’est une tragédie » car la ressource s’épuise, « personne n’est coupable, tout le monde est responsable ».

Profitant du chaos, des chefs de faction et de partis se sont fait construire quelques maisons au bord de l’eau. Selon l’ONU, une cinquantaine d’hectares ont été ainsi soustraits à la nature, que l’Agence afghane pour la protection de l’environnement, créée en 2005, tente aujourd’hui de récupérer.

Le dialogue est engagé. « Ils sont réticents, mais ça s’arrange », affirme Muhibullah Fazli, expert en biodiversité de l’agence. Le plus important, juge-t-il, est d’éduquer les riverains en général: « Ils mènent leurs chèvres paître dans les roseaux, coupent les herbes et surtout déversent leurs ordures directement dans l’eau. »

 

Une ONG, Afghanistan Youths Greens, a été mandatée pour organiser la collecte des ordures et sensibiliser les villageois qui continueront d’habiter sur les rives. Non sans mal. « Au début, ils ne nous acceptaient pas, mais nous avons réussi à les convaincre », affirme le directeur, Mohammad Shafaq.

Muhibullah Fazli, l’expert en biodiversité, leur a cité le Coran: « Les oiseaux forment une communauté, tout comme les humains. Comme vous, ils ont besoin d’un habitat et de se nourrir ».

 

© AFP

Source: Fedre.org

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