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Littering: et si on utilisait les poubelles?

Il y a plus d'un anpar Horizon-Durable

Les déchets qui traînent dans l'espace public sont une vraie plaie. On peut tous y remédier. Urs Freuler rappelle les oublieux à leur devoir.
Le job d’Urs Freuler consiste à informer et sensibiliser toute la population: jeunes et vieux, riches et pauvres, Suisses et étrangers. Il est ambassadeur du «littering»: ce terme désigne la mauvaise habitude de jeter des détritus n’importe où. Urs Freuler sillonne les zones de promenade des villes suisses et s’engage à motiver les gens à ne pas jeter de déchets. C’est plus vite dit que fait.

On pourrait s’extasier sur le passé, quand tout allait mieux, ou vilipender la jeunesse d’aujourd’hui, impolie et mal élevée. «C’est faux, objecte Urs Freuler. Les jeunes ne sont pas les seuls à laisser traîner leurs déchets. Loin s’en faut.» Toutes les tranches d’âge sont donc concernées par le problème du littering, selon lui.

Près d’un demi-million de plats à emporter sont consommés dans l’espace public chaque jour en Suisse. A cela s’ajoutent les journaux gratuits, dont le tirage dépasse largement le million d’exemplaires.

Une étude mandatée par la communauté d’intérêts du commerce de détail suisse a révélé qu’on accumule chaque année 470 millions d’emballages fast-food dans l’espace public. Le plus souvent, on s’en débarrasse sur place. Il y a aussi 210 millions de journaux (essentiellement gratuits), flyers et brochures (état 2005) ainsi que 160 millions d’objets divers, comme les sacs en plastique. Ces chiffres ne tiennent pas compte des mégots de cigarettes, moins importants que les emballages de restauration rapide mais plus nombreux – c’est même la plus grosse part de déchets en nombre.

Derrière notre homme, il y a le groupement d’intérêts pour un monde propre (IGSU), une organisation d’entreprises dont les clients représentent les plus importants producteurs de déchets. En font partie l’industrie de l’emballage, Coop, Migros, McDonald’s et les éditeurs de journaux gratuits.

Ils ont tout intérêt à bien faire le tri entre déchets et matières valorisables recyclables. Si le littering continue à proliférer et si le taux de recyclage recule, on peut s’attendre à des taxes ou à l’introduction d’un système de consigne.

Urs Freuler dirige sa «poubelle-mobile» vers un groupe de jeunes trentenaires qui profitent de leur pause de midi au bord du lac. Ils peuvent jeter leurs déchets dans la «poubelle-mobile» et ainsi éviter le détour vers une poubelle. «On reviendra demain, alors on veut retrouver un endroit propre», lâche une jeune femme en ramassant des mégots pour les jeter à la poubelle.

Tout le monde n’a pas cet esprit civique. Urs Freuler montre un sac en plastique bien ficelé sur le mur du quai. «Un autre exemple de littering. On a dû l’oublier ou – plus probable – on l’a laissé là par paresse», analyse Urs Freuler. Malgré ce genre de constats un brin décourageants, cet ambassadeur des déchets affiche une mine joviale. Il dit surprendre les gens: «Ils agissent mal et le savent très bien.» Un clin d’œil et un sourire suffisent habituellement pour détendre l’atmosphère.

La majorité des gens qu’il aborde sont d’accord avec lui. Ils veulent tous des coins propres. Mais ils ne sont pas tous prêts à faire quelque chose dans ce sens. «96% des ménages se débarrassent correctement des déchets», estime Urs Freuler. Les 4% restants sont ses «clients».

Le boulot est exigeant. «Il faut sentir ce qui peut se présenter à nous et éviter à temps les situations délicates», ajoute Urs Freuler. Ça s’apprend aussi. En quatre ans, il n’a assisté qu’à deux lancers de bouteilles. «Est-ce qu’on devient au moins riche en tant qu’ambassadeur de déchets?» demande une passante. «Bien sûr, répond Urs Freuler, riche en expériences.»

 

Coopération


www.igsu.ch

No29 - 2 juin 2009