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Interview avec Tom Szaky, fondateur et PDG de TerraCycle

Il y a plus d'un anpar horizon-durable.ch

Abandonner l’université à 19 ans pour créer une entreprise dont le but est « d’éliminer la notion même de déchet Â» ? C’est ce qu’a fait Tom Szaky, fondateur et PDG de TerraCycle, qui organise des programmes de collecte et de recyclage de déchets auparavant non-recyclables dans vingt-trois pays, y compris en Suisse depuis 2011. Entretien avec un homme qui applique à la lettre la maxime de Lavoisier : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme Â».


Comment est née TerraCycle ?


Tom Szaky : J’étais en première année d’études Ã  Princeton, en 2001. Un soir, j’étais chez des amis qui avaient une manière bien particulière de nourrir leurs plantes : ils donnaient les restes de leurs repas à des vers dans un bac de compost, récupéraient leurs crottes et les utilisaient comme engrais. Et ça marchait vraiment bien ! Je cherchais justement un plan pour participer au Concours de nouvelles idées d’entreprises de l’université : j’ai présenté ce projet et je suis arrivé cinquième. Par la suite j’ai investi dans une machine pour produire à une échelle un peu plus grande : il y avait des millions de vers dedans ! Je récupérai les restes à la cafeteria de Princeton, et vu que je n’avais pas d’argent pour conserver l’engrais, j’ai commencé à utiliser des bouteilles de soda en plastique. ’est quand j’ai eu mon premier investisseur et les premiers bureaux que j’ai décidé de quitter l’université pour un an pour me consacrer à temps plein à l’entreprise. En 2003, j’ai gagné le grand prix du Carrot Capital Business Plan. Le premier prix était un investissement d’un million de dollars dans l’entreprise. Mais j’ai décidé de refuser l’investissement.


Vous avez refusé un investissement d’un million de dollars ?


Les investisseurs ne montraient aucun intérêt pour le concept de l’entreprise. Avec mon engrais organique et les bouteilles en plastique usagées, j’avais vraiment l’idée d’éviter les déchets : ne pas en produire, et réutiliser ce qui pour d’autres est considéré comme un déchet. Le but à plus long terme, ce n’était pas de faire de l’argent avec un engrais écolo, c’était déjà d’éliminer la notion même de déchet. Vu que les investisseurs voulaient que j’abandonne ce projet-là, j’ai tout simplement refusé. Ce qui n’a pas empêché TerraCycle de se développer : les commandes ont commencé à arriver les années suivantes, et se sont multipliées. En 2007, nous avons pu élargir notre impact. Jusqu’ici nous n’avions qu’une seule brigade de collecte, pour les bouteilles usagées. Les équipes nous les envoyaient et nous pouvions les réutiliser. Nous avons fait la même chose avec les packs de jus de fruit, puis avec les pots de yaourt, etc. Et en 2009, nous avons commencé à nous étendre géographiquement. Nous sommes arrivés en Suisse en 2011, et nous continuons à ouvrir dans de nouveaux pays chaque année : cette année, nous avons accueilli l’Australie et le Japon !


Selon vous, qu’est-ce qui fait aujourd’hui le succès de TerraCycle ?


TerraCycle a du succès parce que nous recyclons des déchets qui n’avaient jamais été recyclé avant. Tout ceci est rendu possible par l’engagement de consommateurs comme vous et moi, qui récoltent leurs déchets et nous les envoient. Mais aussi par le soutien financier des fabricants comme BiC qui assument la responsabilité pour l’élimination durable de leurs produits. Jusqu’à présent des déchets comme les stylos ou les produits de soin dentaire n’étaient pas recyclé, car ce n’était pas économiquement rentable. Nous rendons ce recyclage possible pour la première fois grâce au soutien des fabricants et des consommateurs - et c’est justement pourquoi TerraCycle a du succès.

 

Comment pensez-vous que nous pouvons résoudre le problème des déchets ?


Tout peut être recyclé, nous nous en rendons compte presque tous les jours. Nous voulons permettre une prise de conscience montrant que beaucoup de choses peuvent être recyclées, pour en même temps organiser un recyclage efficace. Aujourd’hui, nous avons par exemple des programmes de recyclage pour les produits de soin dentaire ou même pour les mégots de cigarette ! Arriver à tout recycler, c’est un premier but. Et c’est notre but, à TerraCycle. À cet égard, la Suisse est déjà à l’avant-garde : vous recyclez beaucoup de matériaux, vous avez des systèmes assez innovants. Mais même en Suisse, il y a encore beaucoup de matériaux qui ne sont pas recyclés. Et le recyclage n’est pas la solution parfaite : ce sont aussi nos habitudes de consommation qu’il faut modifier, parce que c’est en agissant à la racine que l’on résout un problème.

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